Observer pour mieux agir : la collecte de données au cœur du projet CROSS4MOBILITY
Comprendre les déplacements du quotidien, leurs logiques et leurs évolutions, est la première étape vers une mobilité plus fluide, durable et accessible. C’est tout le sens du travail engagé dans le Module 3 du projet Interreg France–Wallonie–Vlaanderen CROSS4MOBILITY, qui vise à dresser un diagnostic de la mobilité transfrontalière et à bâtir les fondations d’un schéma d’orientation de la mobilité entre la France et la Wallonie.
Un territoire sans frontières… pour les données
Entre la Sambre, l’Avesnois, Charleroi ou encore Chimay, les habitants franchissent chaque jour la frontière pour travailler, étudier ou se divertir. Pourtant, les données qui décrivent ces flux sont souvent fragmentées, collectées différemment d’un pays à l’autre, voire absentes sur certaines zones.
Pour dépasser ces limites, les partenaires de CROSS4MOBILITY (Agences d’urbanisme, opérateurs de mobilité et collectivités) ont entrepris un vaste travail de compilation, d’harmonisation et de partage des données existantes. L’objectif : dépasser la frontière administrative dans la connaissance du territoire, afin que les décisions futures reposent sur des informations fiables.
Combler les zones blanches de la connaissance
Mais certaines parties du territoire manquaient d’informations sur les pratiques de déplacement. Pour y remédier, le projet a choisi de recourir à des données issues des téléphones mobiles, les Floating Mobile Data, acquises auprès de l’opérateur Orange.
Ces données anonymisées permettent d’observer les flux réels de déplacement : où vont les habitants, à quelle fréquence, pour quels types de trajets ? Grâce à elles, il devient possible de cartographier les dynamiques de mobilité transfrontalière plus finement, et de mieux comprendre les interactions entre les pôles d’emploi, les zones résidentielles et les lieux de
services.
Des données vivantes pour orienter l’action
Ces informations alimentent aujourd’hui la construction d’un « Schéma d’orientation stratégique de la mobilité transfrontalière », un guide d’orientation pour les politiques publiques. En combinant données statistiques et outils de cartographie (SIG), CROSS4MOBILITY identifie les connexions manquantes, les besoins d’intermodalité et les opportunités d’expérimentation : lignes de transport, pôles d’échanges, solutions partagées ou cyclables.
Dans les prochains mois, cette observation pourrait s’enrichir encore. Le projet envisage l’installation de caméras de comptage, afin de mieux quantifier les flux cyclistes à des points clés du territoire d’étude. Ces capteurs pourraient par exemple permettre de suivre l’évolution de la pratique du vélo, essentielle à la transition vers des mobilités actives et décarbonées.
Un outil pour tous les acteurs du territoire
Les données collectées ne resteront pas dans les tiroirs : elles seront mutualisées et accessibles via un outil numérique de partage, conçu pour que chaque porteur de projet (collectivité, opérateur ou chercheur) puisse y puiser les informations nécessaires à ses propres études.
Cette base de données commune constitue un socle de connaissance pour orienter les politiques publiques et favoriser la coopération entre les deux versants de la frontière.
Vers une mobilité plus connectée, plus intelligente
En misant sur la donnée, CROSS4MOBILITY fait le pari de l’intelligence collective. Derrière les chiffres, il y a la volonté de comprendre comment vivent et se déplacent les habitants, pour mieux répondre à leurs besoins.
Grâce à cette approche, les territoires frontaliers disposent d’une vision partagée des mobilités, capable d’alimenter les futurs projets de transport, d’intermodalité et de services.
Fabio SANFILIPPO
Chargé d’études Mobilité