Article inspiré du texte de Alexandre Ricaud
Pendant longtemps, la mobilité cyclable en zone rurale a été perçue comme une utopie. Distances trop longues, manque d’infrastructures, météo défavorable, coûts jugés excessifs… Les arguments contre la généralisation du vélo hors des grandes villes sont bien connus. Et encore largement utilisés dans le débat public.
Pourtant, sur le terrain, certains territoires prouvent déjà que ce discours ne tient plus. (Cross4mobility propose déjà de nombreuses initiatives à suivre ici) Et la massification du vélo en zone rurale peut-être une réalité.
Épinal : un laboratoire rural du vélo
Exemple de massification du vélo en zone rurale
Depuis 2017, l’agglomération d’Épinal, dans les Vosges, est devenue une référence européenne en matière de mobilité cyclable rurale. Un territoire vaste près de 10 fois la superficie de Paris intramuros. Mais relativement peu dense, avec environ 110 000 habitants répartis sur de nombreuses communes.
Sous l’impulsion d’acteurs locaux engagés, dont Thomas Peignard, ce territoire a fait un choix pragmatique : tester, observer la demande, ajuster et élargir progressivement, plutôt que d’attendre un cadre idéal.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Les résultats sont concrets et mesurables :
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Un service de location longue durée de vélos électriques, lancé avec seulement 20 vélos… saturé en quelques heures.
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La création de Villevolt, un service de vélos en libre-service pensé pour un territoire rural, passé de 150 à près de 800 vélos.
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Une disponibilité 24h/24 et 7j/7, sur 30 communes, y compris de très petites localités.
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Une gestion digitale intelligente, adaptée aux usages réels des habitants.
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Un coût de 80 centimes par trajet, contre environ 7 euros pour un passage quotidien de bus rural à la charge de la collectivité.
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Des communes de moins de 2 000 habitants pleinement intégrées au réseau, comme Chaumousey (880 habitants)ou La Vôge-les-Bains (1 600 habitants).
Résultat : des milliers d’habitants, de tous âges, ont modifié leurs habitudes de déplacement.
Déconstruire les idées reçues sur le vélo rural
L’exemple spinalien démonte un à un les arguments souvent avancés contre le vélo hors métropole :
« Les distances sont trop longues »
« Les routes sont trop dangereuses »
« La météo décourage toute pratique régulière »
« Les infrastructures coûtent trop cher et impactent l’environnement »
Ces affirmations ne résistent pas à l’observation des usages réels.
À Épinal, le choix n’a pas été de tout reconstruire, mais d’utiliser l’existant :
les petites routes rurales ont été transformées en voies vertes, offrant plus de 250 km d’itinéraires cyclables, continus, lisibles et attractifs.
Une inspiration venue de Suisse, adaptée localement
Le modèle n’est pas sorti de nulle part. Il s’inspire directement d’expériences suisses, reconnues pour leur efficacité, importées puis adaptées intelligemment au contexte local français.
Ce pragmatisme a permis de faire du vélo un véritable substitut à la voiture, et non un simple loisir ou un gadget de mobilité.
Quand le vélo devient un moteur de territoire
Ici, il ne s’agit pas de solutions marginales ou de véhicules alternatifs complexes, coûteux ou peu performants.
Le vélo “réel”, celui qui remplace effectivement la voiture dans les déplacements du quotidien, devient un outil structurant pour le territoire.
Ce qui se passe à Épinal n’est donc pas une exception isolée, mais bien :
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un contre-exemple clair au récit du « tout-voiture » ;
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un démenti politique à l’idée que le vélo rural serait irréaliste ;
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une preuve réplicable que la massification du vélo hors des villes est possible.
Regarder ce qui fonctionne déjà
La question n’est plus de savoir si la massification du vélo en zone rurale est possible, mais si nous acceptons de regarder là où elle fonctionne déjà.
Plutôt que de chercher à réinventer la roue, l’exemple d’Épinal invite les collectivités, décideurs et acteurs de la mobilité à s’inspirer de modèles existants, éprouvés, mesurables et adaptables.
👉 Pour aller plus loin, suivez les travaux et interventions de Thomas Peignard, explorez les projets de mobilité cyclable en Suisse, et observez les territoires qui ont déjà osé tester, ajuster… et réussir.
Et vous, pensez-vous que ce modèle pourrait être transposé dans votre territoire rural ?
Vidéo Thomas Peignard sur la massification du vélo à Epinal :